mercredi 16 octobre 2019

La conception naturelle de Yeshou`a


D'après le Crédo de Nicée, Jésus « descendit du ciel ; par l'Esprit-Saint, a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait homme ». L'Islam enseigne pareillement que Marie engendra Jésus en étant vierge (Coran 3:43-47, 19:16-22, 21:91, 66:12).  Force est toutefois de constater que les passages des évangiles qui évoquent la naissance virginale et sur lesquels se fondent les doctrines chrétiennes et islamiques sont des interpolations. Selon le témoignage d’Ephrem, en effet :

« Matthieu écrivit son évangile en Hébreu; par la suite, il fut traduit en Grec. Marc suivait Simon Pierre; il alla à Rome, et les fidèles le persuadèrent d'écrire pour qu'on se souvint de la tradition et qu'à la longue; elle ne tombât pas dans l'oubli; il écrivit donc ce qu'il a retenu. Luc commença au baptême de Jean » (Ephrem, Commentaire de l'Évangile concordant ou Diatessaron, appendice)

Le premier chapitre de l’Evangile de Luc, où sont relatées l’annonciation et la naissance miraculeuse,  est donc un ajout postérieur. Ceci est corroboré par le passage de Luc 8:19-21, en lequel nous pouvons lire :

« La mère et les frères de Jésus vinrent le trouver; mais ils ne purent l'aborder, à cause de la foule. On lui dit: Ta mère et tes frères sont dehors, et ils désirent te voir. Mais il répondit: Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique » (Luc 8:19-21 )

Au IIIème siècle, Tertullien expliqua ce texte de la sorte et fait mention d’une variante textuelle remontant à une époque antérieure à Marcion (IIème siècle) :

« Mais il faut encore apprendre à Apelle quelle raison a eu Jésus-Christ de répondre comme il l’a fait et de nier alors qu’il eut une mère et des frères. ‘Les frères du Seigneur n’avaient point cru en lui’, comme le témoigne l’Evangile publié avant l’erreur de Marcion. On ne sait point voir aussi que sa Mère fut alors auprès de lui, au lieu que Marthe et Marie étaient ordinairement attachés à sa personne, et c’est ici que paraît l’incrédulité de ses proches. Lorsqu’il enseignait la voie pour parvenir à la vie, lorsqu’il prêchait le royaume de Dieu, lorsqu’il travaillait pour guérir les malades du corps et les vices de l’âme, les étrangers avaient les yeux arrêtés sur lui, ceux qui lui appartenaient par liaison du sang étaient absents » (Tertullien, De Carne Christi, chapitre  7)

Comment Marie pouvait-elle ne pas avoir foi en son fils si elle l’a conçu en étant vierge et qu’elle vit en vision l’Ange Gabriel lui annonçant qu’elle serait l’heureuse mère du « Fils du Très Haut »  (Luc 1:26-38) ? La contradiction interne suppose clairement que l’Evangile de Luc  a été remanié.

Ce n’est pas tout. D'après Luc 1 :35, Yeshou`a est « fils de Dieu » en vertu de sa naissance  (« Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu »).  La version de Luc 3:22 selon codex Bezae, dont l’ancienneté et l’authenticité sont confirmées aussi bien par Clément d’Alexandrie (150-215 de l’ère chrétienne) que Justin de Naplouse (100 à 150), dit par contre que Yéshou`a n’est devenu « fils de Dieu » qu’au moment de son baptême.

« Et une voix fit entendre du ciel ces paroles: Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui » (Luc 3:22 , codex Bezae)

« À l'instant même où le Seigneur recevait le baptême, une voix descendit du ciel, et, rendant témoignage à l'amour que Dieu lui portait, s'écria : Tu es mon fils bien-aimé; je t'ai engendré aujourd'hui. » (Clément d’Alexandrie, « Le Pédagogue », chap. 6)

« C'est alors que le Saint-Esprit, pour le manifester aux hommes, se reposa sur lui sous la forme d'une colombe, et qu'on entendit du ciel la parole prononcée longtemps d'avance pat David, lorsque ce prophète dit au nom du Christ ce que Dieu le père devait dire un jour au Christ lui-même : « Tu es mon fils, c'est moi qui t’a engendré aujourd'hui. » Cette parole annonçait aux hommes, lorsque le Christ se manifesta que c'était pour eux qu'il était né et qu'il venait d'apparaître » (Justin de Naplouse, Dialogue avec Tryphon 86,8)

Si, comme nous le pensons, la version du codex Bezae est authentique, celui qui a écrit le troisième chapitre de l’Evangile de Luc ne connaissait donc pas le récit de l’annonciation.

Le dialogue de Timothée et d'Aquila, un texte daté de l’an 200, témoigne également de l'existence de copies de l'évangile de Matthieu qui contredisaient le récit de la conception miraculeuse. En effet, quoique Timothée  se réfère à la version canonique de Matthieu 1:16, Aquila cite une version nettement différente de ce que nous retrouvons dans nos bibles : « Joseph engendra Jésus qui appelé Christ »,  et continue sa citation en ces termes :   «  Joseph ...  l'engendra de Marie ». Après que Timothée lui ait cité la version canonique pour prouver que Marie conçut Jésus en étant vierge, Aquila réfuta ainsi l’argument : « Vos évangiles ne contiennent pas ces choses, à moins peut-être qu'elles figurent dans des livres apocryphes » ; ce qui appuie également notre observation sur l’Evangile de Luc. Frederick Conybeare, l’éditeur du texte du dialogue de Timothée et d'Aquila, remarqua dans une note de bas de page :

« L'on peut supposer que dans le texte de Matthieu, auquel l'auteur était accoutumé, les versets 18-25 du ch. i n'étaient pas encore inclus ou que leur présence était encore contestée. D'après Epiphane, Cérinthe possédait une telle version de Matthieu  (...)  Il est précaire de placer sa foi dans les dires d'Epiphane, surtout lorsqu'ils concernent les méfaits des hérétiques, mais si nous pouvons lui faire confiance à ce sujet, l'évangile Cérinthien devait différer du nôtre par l'absence non seulement du c. i. 18-25 [Matthieu 1 : 18- 25], mais aussi d'une partie du c. i. 16 [Matthieu 1:16].  A présent, il est remarquable que ce verset [c'est à dire Matthieu 1:16] existe dans une variété de formes, ce qui suggère un certain embarras ancien par le texte. »  (The Dialogues of Athanasius and Zachæus and of Timothy and Aquila  p. 20)

Jean Chrysostome, dans ses Homélies, le confirme malgré lui :

« Pourquoi l’évangéliste donne-t-il la généalogie de Joseph qui est étranger à la naissance du Fils de Dieu? Nous en avons déjà rapporté une raison, mais il faut en ajouter une autre plus mystérieuse et plus cachée. Quelle est donc cette raison? L'Evangéliste ne voulait pas que les Juifs connussent sitôt le secret de cet enfantement divin, et que Jésus-Christ était né d’une vierge » (Homélies III de Chrysostome)

Quelques lignes plus bas, Jean Chrysostome réitère que Matthieu ne fit « la généalogie de Joseph, où il rapporte qu’il épousa la Vierge » qu'afin d’amener les juifs à la croyance en la messianité de Jésus. En effet, « si les Juifs », dit-il, « eussent eu quelque connaissance de ce mystère [la naissance virginale] jamais ils n’auraient cru que Jésus-Christ était fils de David, et leur incrédulité, sur ce point, aurait eu les plus funestes conséquences ». Ces mots de Chrysostome supposent que la mention de la naissance virginale est une interpolation qui était absente de l’original hébreu adressé aux juifs (Première homélie sur Matthieu).  L’on notera avec intérêt que même si le manuscrit syriaque sinaïtique de l’Evangile de Matthieu, dont les éléments judéo-chrétiens ne sont plus à démontrer, comporte, à l’instar du texte grec, les versets 18 à 25, le texte de base, sur lequel a été surajouté le récit de la naissance virginale, ne semble pas y avoir été retouché. Le manuscrit syriaque sinaïtique dit en effet en Matthieu 1 :16 :
 יוסף דמכירא הות לה מרים בתולתא אולד לישוע
 «  Yosseph, à qui Mariam la betoulta (jeune fille ou vierge) était fiancée, engendra Yéshou’ »

Le verset 25 omet la mention « mais il ne la connut point », à l’instar de la vielle bible latine, et affirme que la naissance de Yeshou`a résulte du mariage entre Joseph et Marie :

ודבר לאנתתה וילדת לה ברא וקרא שמה ישוע
 « Et il (Yosseph) épousa avec sa fiancé et elle l'enfanta (à Yosseph) un fils et il (Yosseph) l'appela Yéshou’ » 

Le fragment hébreu conservé dans la « polémique de Nestor le Prêtre » est d’autant plus remarquable en ce que non seulement, il passe immédiatement, après avoir retracé la généalogie, du verset 16 à ce qui correspond au verset 25 du texte syriaque sinaïtique, mais affirme explicitement que Joseph est le père biologique de Yeshou`a :

ישו בן אברהם ,אברהם הוליד את יצחק ויצחק הוליד את יעקב ויעקב יהודה ויהודה פרץ ופרץ חצרון וחצרון רם ורם עמינדב ועמינדב נחשון ונחשון שלמה ושלמון בועז ובועז עובד ועובד ישי וישי דוד ודוד שלמה ושלמה רחבעם ורחבעם אביה ואביה אסא ואסא יהושפט ויהושפט יורם ויורם עוזיה ועוזיה יותם ויותם אחז ואחז יחזקיהו וחזקיהו מנשה ומנשה אמון ואמון יאשיהו ויאשיהו יכניה ויכוניה שאלתיאל ושאלתיאל זרובבל וזרובבל אביתר ואביתר אליקים ואליקים עזור ועזור צדוק וצדוק אמון ואמון אליהו ואליהו אלעזר ואלעזר מתן ומתן יעקב ויעקב יוסף ויוסף ישו ויוסף נשא את מרים והוליד ממנה ישו 

 « Yeshou fils d'Avraham, Avraham engendra Yits'haq, et Yits'haq engendra Ya`aqov, et Ya`aqov Yéhoudah, et Yéhoudah Pérets, et Pérets Hetsron, et Hetsron Ram, et Ram `Aminadav, et `Aminadav Na'hshon, et Na'hshon Salmah, et Salmon [ Salmah ] Bo`az, et Bo`az `Oved, et `Oved Yishai, et Yishai David, et David Chélomoh, et Chélomoh Rehav'am, et Rehav'am Aviyah, et Aviyah Assa, et Assa Yehoshafat, et Yehoshafat Yoram, et Yoram `Ouzya, et `Ouzya Yotham, et Yotham A'haz, et A'haz Ye'hizqiahou, et 'Hizqiyahou Ménasheh, et Ménasheh Amon, et Amon Yoshi`ahou, et Yoshi`ahou Yekhonyah, et Yekhonyah Shaalthiel, et Shaalthiel Zeroubavel, et Zeroubavel Abiathar, et Abiathar Eliaqim, et Eliaqim Azor, et Azor Tsadoq, et Tsadoq Amon, et Amon Elihou, et Elihou Ele`azar, et Ele`azar Mathan, et Mathan Ya`aqov, et Ya`aqov Yossef, et Yossef Yéshou. Et Yossef épousa Myriam et engendra d’elle Yeshou »

Il convient de rappeler que d’après la Torah et le Na"kh, l'affiliation tribale et familiale ainsi que les fonctions qui en découlent, tels que la prêtrise et la royauté davidique, ne se transmettent biologiquement que de père en fils et ne peuvent en aucun cas être acquis ou transférés via l'adoption (Nombres 1 :2,18 ; 2:2 ; Esdras 2 :59,62). Certes, l'on héritait matrilinéairement du patrimoine foncier dans quelques cas exceptionnels (Nombres 27,8). La Torah, cependant, stipule que la fille héritait de la terre, et la transmettait à son tour à ses futurs fils,  que si et seulement si elle épousait un membre de la tribu de son père afin que l'héritage tribal ne passe pas d' une tribu à une autre (Nombres 36, 7-9) ; ce qui implique clairement que l'enfant appartient à la tribu de son père et non de sa mère.  Voilà pourquoi Athalie, lors de son coup d'état, n'a exterminé que les descendants royaux mâles, mais laissa la vie sauve à Yehosheva`, la  fille du roi Yehoram (2Rois 11:1-3, 2Chroniques 22:10-12). Yehosheva`, parce qu'elle était une femme, ne pouvait en effet pas transmettre, même en l'absence d’héritiers mâles, le trône à ses futurs fils qui seraient des lévites comme leur père. Si, comme l’enseignent le Christianisme et l’Islam, Yeshou`a n’a pas de père biologique, il ne peut donc pas prétendre au trône de David et ne peut, par conséquent, pas être le Messie. De toute manière, il  n'est  précisé nulle part que Marie appartenait à la tribu de Juda. Au contraire, l'ascendance davidique est à chaque fois attribuée à Joseph, jamais à Marie. D'après la tradition incorporée, sans doute par mégarde, en Luc 1:36, Elisabeth, une Lévite, était la « parente »  de Marie. Cela implique que le père de Marie était lui-même un Lévite, et donc que Marie appartenait également à la tribu de Lévi dès lors que « seule la famille du père est appelée famille ainsi qu'il est écrit : Selon leurs familles, selon les maisons de leur père (Nombres 1:2) » משפחת אב קרויה משפחה משפחת אם אינה קרויה משפחה דכתיב  למשפחותם לבית אבותם (Talmud de Babylone, Bava Batra 10b). Ceci confirme l’évangile apocryphe, aujourd'hui perdu, cité par Fauste en lequel il était dit que le père de Marie « était un prêtre de la tribu de Lévi répondant au nom de Joachim » (Augustin, Contra Faustum 23:9).   Dire que Yeshou`a n'a pas de père biologique et le faire descendre uniquement de Marie serait par conséquent faire mentir les textes qui le rattachent à la tribu de Juda (Hébreux 7:4, Révélation 5:5). Les versets qui le présentent comme « le fruit des entrailles » de David et le « rejeton issu du tronc de Jessé »  exclut la théorie, également répandue, de l’adoption (Psaume 132 :11, Actes 2 :30, Isaïe 11 :10, Révélation 5 :5). Considérons encore le passage de 1 Jean 5 :6-7 :

 « C'est ce même Jésus-Christ qui est venu par l'eau et par le sang, non avec l'eau seulement, mais avec l'eau et avec le sang. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la vérité. Car il y en a trois qui rendent témoignage : l'Esprit, l'eau et le sang ; et ces trois sont d'accord. »

Cet extrait est communément expliqué par les théologiens chrétiens comme se référant à la crucifixion, quand du sang et de l’eau jaillirent de la côte percée de Yeshou`a. A moins, cependant, de dénaturer le sens des mots, l’on ne peut pas parler la crucifixion comme d’un avènement. Les commentaires du Ramba"n sur le verset du Lévitique 11 :2 peuvent nous aider à mieux comprendre le passage en Jean :

אמרו לא אשה כי תזריע אשה מזרעת תחילה יולדת זכר ואין כוונתם שיעשה הולד מזרע האשה כי האשה אע"פ שיש לה ביצים כביצי זכר או שלא יעשה בהן זרע כלל או שאין הזרע ההוא נקפא ולא עושה דבר בעובר אבל אמרם "מזרעת" על דם הרחם שיתאסף בשעת גמר ביאה באם ומתאחז בזרע הזכר כי לדעתם הולד נוצר מדם הנקבה ומלובן האיש ולשניהם יקראו זרע וכך אמרו שלשה שותפין יש בו באדם

« Les Sages dirent : Lorsqu'une femme émettra de la semence (tazria`) (Lévitique 12 :2) – Si la femme émet sa semence (zéra`) en premier, l’enfant sera un mâle (…) Ils dirent « émet sa semence » en référence au sang utérin qui se rassemble à la fin du rapport sexuel et s’unit au sperme puisque, selon eux ( les Sages) , le fœtus est formé par le sang de la femme et le sperme de l’homme et les deux sont appelés semence , comme ils l’ont dit : « Il existe trois partenaires en l’homme »

La Barayta sur laquelle le Ramba"n se fonde dit  :

תנו רבנן שלשה שותפין יש באדם הקב"ה ואביו ואמו אביו מזריע הלובן שממנו עצמות וגידים וצפרנים ומוח שבראשו ולובן שבעין אמו מזרעת אודם שממנו עור ובשר ושערות ושחור שבעין והקב"ה נותן בו רוח ונשמה

« Nos rabbins ont enseigné : Il y a trois associés en l’homme : Le Saint Béni Soit-Il, son père et sa mère. Le père émet la substance blanche de laquelle sont formés les os, les tendons, les ongles, le cerveau et le blanc de l’œil de l’enfant. La mère émet la substance rouge, de laquelle sont formés la peau, la chair, les cheveux, le sang et le noir de son œil. Le Saint Béni Soit-Il, quant à lui, donne l’esprit et l’âme » (Talmud de Babylone, Niddah 31a)

Il est à noter que l’idée que le sang utérin participe à la formation du fœtus était communément admise dans l’antiquité, même par les médecins grecs, et que,  dans le Tana"kh, l’expression « eau » sert parfois d’euphémisme pour désigner le sperme (Miqra’ot Gédolot sur Isaïe 48 :1). L’on doit ainsi comprendre que Yo'hanan (Jean), lorsqu’il affirme que Yeshou`a est « venu » par l’eau et le sang, s’exprime comme un homme de son temps et veut dire que Yeshou`a était un être humain qui est né d’un père et d’une mère. Voilà pourquoi Yo'hanan dit que l’eau et le sang « rendent témoignage » puisque la généalogie de Yeshou`a atteste effectivement de son humanité contre les docètes, que Yo'hanan attaque dans ses épîtres, qui faisaient de Yeshou`a un être purement spirituel, qui n'est jamais « venu dans la chair » et dont le corps physique n’était qu’une illusion  (1Jean 4 :3-1, 2 Jean 1 :7). Il apparaît nettement que l’auteur de l’épître de Jean, à l’instar de l’auteur judéo-chrétien Hégéssippe (IIe siècle) dont nous reprenons ci-après le passage, croyait que Joseph était le père biologique de Yeshou`a:

« Après le martyre de Jacques et la destruction de Jérusalem qui arriva en ce temps, on raconte que ceux des apôtres et des disciples du Seigneur qui étaient encore en ce monde vinrent de partout et se réunirent en un même lieu avec les parents du Sauveur selon la chair, dont la plupart existaient à cette époque. Ils tinrent conseil tous ensemble pour examiner qui serait jugé digne de la succession de Jacques, et ils décidèrent à l’unanimité que Siméon, fils de ce Clopas dont parle l’Évangile, était capable d’occuper le siège de cette église : il était, dit-on, cousin du Sauveur : Hégésippe raconte en effet que Clopas était le frère de Joseph » (Hégésippe cité par Eusèbe, Histoires Ecclésiastiques 3:11)

Si Clopas était le frère de Joseph et que Simon, le fils de Clopas, était le cousin de Yeshou`a « selon la chair », il s’en suit inévitablement que Joseph, selon les membres de la première communauté judéo-chrétienne de Jérusalem dont Hégéssipe nous fait part de la position, était le père de Yeshou`a « selon la chair ». Paul, il est vrai, dit que Yeshou`a « naquit d’une femme » (Galates 4 :4). Il faut cependant garder à l’esprit que « né d’une femme » est une expression biblique qui sert à désigner un mortel, sans référence à une quelconque parthénogenèse (Job 15 :1, Matthieu 11 :12). Les écrits patristiques révèlent à notre lecture que les croyants d’origine juive restés attachés à la Torah ne croyaient pas, pour la plupart, en la naissance virginale. Citons entre autres :

« Vains également sont les Ebionites, eux qui n’accueillent pas en leur âme l’union de Dieu et de l’homme mais qui restent dans le levain de la naissance (naturelle) , et qui ne veulent pas comprendre que le Saint Esprit vint en Marie , et que la puissance du Très-Haut la couvrit de son ombre et que ce qui naquit est Saint et est le Fils du Très Haut , le Père de Tout , qui opéra son Incarnation » (Irénée, Adversus hæreses 5 :1 :3)

« Voici la jeune femme deviendra enceinte, et enfantera un fils (Is 7 :14), comme Théodote l’Ephésien et Aquila Pontique, tous deux des prosélytes juifs,  l’ont traduit. Les Ebionites, suivant ceux-ci disent qu’il (Jésus) a été engendré de Joseph »  (Ibid. 4 :33 :4)

« Une vierge est mère, voici un signe de contradiction ; les marcionites s’opposent à ce signe et affirment avec insistance que le Christ n’est pas né d’une femme ; les ébionites s’opposent à ce signe et disent qu’il est né d’un homme et d’une femme, comme c’est le cas pour notre naissance à nous » (Origène, Homélies sur Luc 17)

« Cérinthe déclare comme les Hébreux [autrement dit, les judéo-chrétiens d’expression sémitique, cf. Actes 6 :1] que Jésus est né d’une manière naturelle, d’un homme et d’une femme, (c'est-à-dire) de Joseph et de Marie, mais qu’il a excellé en sagesse, en justice ainsi que dans toutes les autres choses … » (Théodore de Cyr, Fables hérétiques 2:3, les parenthèses sont nôtres)

Il est un lieu commun de l'apologétique chrétienne et récemment, messianique, de citer la Lettre 112 de Jérôme à Augustin pour prouver que les premiers judéo-chrétiens croyaient en la naissance virginale. On y lit :

« Que dirais-je des Ebionites qui feignent d’être des Chrétiens ? Jusqu’à maintenant, une hérésie est retrouvée parmi les Juifs dans les Synagogues de l’Orient. Elle est appelée celle des minéens et est maudite par les Pharisiens jusqu’à maintenant. Ils sont généralement appelés Nazaréens. Ils croient en Christ, le fils de Dieu né de Marie la Vierge, et ils disent de lui qu’il a souffert et ressuscita sous Ponce Pilate, le même auquel nous croyons. Mais désirant être à la fois Juifs et Chrétiens, ils ne sont ni Juifs ni Chrétiens »  (Jérôme à Augustin 112:13)

Partant de ce passage, ces apologistes prétendent que Pères de l'Eglise distinguaient les Ebionites hérétiques des Nazaréens qui professaient la Christologie haute de l'Eglise. Non seulement, Jérôme, qui introduit le passage par les termes « que dirais-je des Ebionites qui feignent d’être des Chrétiens », laisse entendre au contraire  qu' « Ebionites » et « Nazaréens » étaient pour lui synonymes mais il est très  précis dans ses propos : Jérôme ne dit pas que les Nazaréens croyaient que le Christ était le Fils de Dieu né d'une Vierge mais qu’ils « croient en Christ,  le Fils de Dieu né de Marie la Vierge » (Credunt in Christum, Filium Dei natu de Maria uirgine). Compte tenu de la manière  dont Jérôme exprime les choses, nous sommes fondés à penser que l’apposition,  « Fils de Dieu né de  Marie la Vierge »,  est une précision de Jérôme visant à expliciter qu'il s'agit bien de la même personne qu’adorent les Chrétiens, Jésus (le Christ) que les Catholiques comme Jérôme tiennent pour le Fils de Dieu né de Marie qu’ils croient être restée vierge toute sa vie au point qu’ils la surnomment la Vierge, mais ne nous dit rien sur les conceptions  christologiques des Nazaréens.

Au cas où d’aucuns se demanderaient ce qu’il en est d’Isaïe 7 :14, le mot qui y est utilisé est עלמה «`almah », terme qui se réfère à une jeune fille indépendamment de ce que celle-ci soit vierge ou non. Dans la Septante grecque, «`almah » est traduit dans ce verset par « parthenos » qui sert à désigner Dina après qu’elle s’est fait violer par Sichem (Genèse 34 :2-4). Le texte qualifie certes la naissance de l’enfant de אות « ot », signe, mais, dans le Tana"kh, un אות « ot » n’est pas toujours un évènement miraculeux. Le livre de la Genèse, par exemple, dit au sujet du soleil et de la lune qu’il s’agit des « signes » אות pour les saisons, les jours et les années (Genèse 1:14).  Dans le passage qui nous occupe, également, « ot » signifie clairement « repère » puisque, comme le dit le verset 16,  « avant que l’enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le pays dont les deux rois t’alarment, sera désolé » (Isaïe 8 :16).  Comme nous le montre Isaïe 8 :3-4, l’enfant de la prophétie n’est pas le Messie, mais le fils même d’Isaïe, qu’il a eu avec la « prophétesse », sa femme. A noter également que si l’enfant est appelé « Immanou’el » ou « Dieu est avec nous », ce n’est pas, comme l’avancent les chrétiens, parce qu’il serait la manifestation de Dieu dans la chair, mais parce que sa naissance fut le signe que Dieu était du côté (« avec ») le royaume de Juda dans la guerre contre l’alliance syro-samaritaine (Isaïe 8:10).

Les théologiens chrétiens aiment aussi à dire que le Messie ne devait pas avoir de père car autrement il aurait hérité de la nature pécheresse d’Adam.  Cette explication, cependant, ne tient pas étant donné que la femme, également, a participé à la faute et est, par conséquent, toute aussi souillée du péché que l’homme et qu’il n’est affirmé nulle part dans les écritures que la nature pécheresse se transmet exclusivement par le père. D’autre part, l’épître aux Hébreux reprend la tradition synoptique selon laquelle Yéshou`a  a été tenté (Hébreux 2:18 ; 4:15 ; Matthieu 4:1).  Or, puisqu’il est impossible de tenter un être incapable de pécher, Yéshou`a  possédait donc, à l’instar du reste des hommes,  une nature pécheresse ou, dans le langage rabbinique, le penchant au mal (yétser hara`). C’est ce qui est indiqué au verset 17 du deuxième chapitre lorsqu’on y lit qu’ « il a dû être rendu semblable en toutes choses à ses frères ». Le fait qu'il n’ait pas, si l'on en croit l'épître aux Hébreux, succombé à ce penchant n’empêche pas que cette nature existait en lui (Hébreux 4 :15).


4 commentaires:

  1. Non il ne doit pas avoir de Père biologique du fait de son origine divine, rien à voir avec le péché originel.
    Pour Marie ça dépend des confessions chrétiennes,
    Pour les Proties c'est une femme pécheresse mais par le miracle de l'opération du Saint-Esprit, Jésus n'est pas touché par le péché originel.
    Pour les Orthos Marie est aussi née pécheresse mais au cours de sa vie pieuse elle s'est sanctifiée jusqu'à devenir pure par la grâce de Dieu et a méritée d'être la mère du Sauveur.
    Pour les Cathos, Marie est Immaculée Conception, elle est préservée du pêché originel, la grâce lui a été accordée dès sa conception.

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    1. Justement, il n'est pas Divin, pas humain.

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    2. Yeshoua n'est pas Divin , n'est pas Dieu . IL est né de Yossef et Myriam , un descendant de David .

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    3. Slt menahem les deux evangile qui annonce pas de naissance miraculeuse son marc et jean. Pour moi ils son les deux bons, conforme à la tradition juive. Il n ya pas de pb de reconnaître un homme né de père et mère logique, en même temps qui devient messie par la sanctification de la tora .

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